Close Up est une petite série sur les photographes ou les photographies qui comptent pour moi.
Dans ce second volet, je vais évoquer le souvenir d’un photographe et ami : Ed van der Elsken [1925-1990].

Je ne pouvais pas en croire mes yeux. Il était là, debout, juste en face de moi à ‘Houston PhotoFest’, en 1990. Ed van der Elsken, l’un des photographes que j’admirais ! Je me suis présenté à lui. J’avais entendu dire qu’il avait un sale caractère, mais en fait, j’ai découvert une personne franche, sincère ; quelqu’un ne craignant pas de dire ce qu’il ressentait. Même si j’avais réalisé un bon salon à Houston cette année, rencontrer Ed fut le meilleur moment de ce voyage.

Quelques mois plus tard, quelqu’un mentionna qu’Ed luttait contre un cancer en phase terminale. Je suis allé lui rendre visite dans sa maison près d’Edam, et nous nous sommes promis d’échanger des tirages. Il voulait me donner un tirage d’une image de 1952 représentant un aveugle jouant de l’accordéon à Paris, sous un immense panneau publicitaire montrant un bébé [NDLT : le célèbre bébé Cadum]. J’en aurais choisi une autre, mais il a insisté pour que je prenne celle-ci.

Deux ans plus tard, j’ai eu une fille -Nina- et alors qu’elle était bébé,  je suis rentré un soir et Sophie, ma française de femme, m’a demandé : « À qui ressemble le bébé sur cette photographie ? » Je n’avais aucune idée… Elle m’a dit : « À ta fille ! ». Elle avait raison.

J’aime à croire qu’Ed n’avait pas besoin d’une boule de cristal pour prédire l’avenir. Ce astucieux et merveilleux homme, qui mourut peu de temps après ma visite, comptait pour moi. Il m’a dit des choses, qu’à ce moment-là, j’ai souhaité pouvoir dire un jour à un autre photographe.
J’ai beaucoup appris de toi, Ed. Je suis désolé que tu n’aies pas pu rester un peu plus longtemps.
Je ne t’oublierai jamais. Tu es mon frère spirituel.

Texte de Bruce GILDEN
Traduit de l’anglais par Fabrice Deutscher

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