Si c’est essentiellement avec le souvenir de belles rencontres que je suis rentré à Paris après ces quelques jours passés à Arles à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres de la Photographie, ce sont des expositions que va traiter ce billet. Ce qui se passe à Arles reste à Arles [ou pas]… 12 kilomètres par jour, en moyenne, et je n’ai pas pu tout voir. Je ne parlerai pas de tout ce que j’ai vu non plus. Et j’en parlerai succinctement.

Don McCullin -connu pour ses images saisies lors des grands conflits de la fin du XXe siècle- présente, place de la République, ses travaux réalisés au Royaume Uni, essentiellement dans la banlieue londonienne et dans le Somerset. Des tirages magnifiques, sombres, desquels s’échappe une lumière incroyable. À ne pas manquer.

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Petit matin, West Hartlepool, comté de Durham, 1963 © Don McCullin.

 

Yan Morvan -qui lui aussi s’est illustré en photographie de guerre, il est difficile de ne pas faire le parallèle- présente une large sélection d’un travail titanesque auquel il a consacré plus de dix ans : « Champs de Batailles ». Plusieurs expositions avaient eu lieu, notamment à Paris, mais à Arles, à l’étage du Capitol, c’est proprement vertigineux ! Depuis ces murs, 3.500 ans de batailles vous contemplent. C’est lourd de sens. Tout particulièrement en ces temps troubles. Ce travail a fait l’objet d’un ouvrage conséquent paru en novembre dernier chez Photosynthèses [ISBN 978-2-36398-012-0]. Une exposition à voir, un pavé à caser dans sa bibliothèque : ce sera un collector.

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Liban, Beyrouth, Holyday Inn © Yan Morvan

 

Bernard Plossu nous fait traverser l’atlantique avec son « Western Colors » paru le mois dernier chez Textuel [ISBN978-2845975521]. Les pastels de ses tirages Fresson -présentés dans la salle Henri Comte- accentuent la rêverie romantique qui nous prend à la vue de ses images, réalisées dans les décennies 70 & 80. Vraiment sympa.

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Bernard Plossu, Western Colors

 

Ferdinando Scianna, La Sicile et Marpessa, Galerie Anne Clergue. J’ai découvert ce photographe de l’agence Magnum lors de mes recherches iconographiques visant à réhabiliter la photo de chat. Autant dire que j’ai immédiatement placé un signet sur la page lorsque j’ai vu son nom au programme du « off ». C’est juste magnifique.

Marpessa à Palerme, 1987. © F. Scianna

Marpessa à Palerme, 1987 © Ferdinando Scianna

 

Dolorès Marat présente un bestiaire à la galerie Flair, 11 rue de la Calade. Tirages Fresson pour elle également, toujours et exclusivement. L’exposition n’est pas aussi fournie que celle que nous avait présentée Leica fin 2014, mais cela mérite la visite. J’aime beaucoup son univers, son écriture. C’est à voir, assurément.

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Le chat qui s’en va. Montpellier, 1987 © Dolorès Marat

 

« Sur la route« , exposition collective au Magasin de Jouets où Fisheye Magazine s’installe jusqu’au 15 septembre. Julien Magre, magnifique.

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Julien Magre • Sans titre 3

 

Kazuo Ohno par Eikoh Hosoe & William Klein, présenté à la Chapelle du Méjan. Kazuo Ohno est un des fondateurs du butō [mouvement de danse japonais né dans les années 60]. Un parallèle extrêmement intéressant, même si « tout le monde connaît la photographie de William Klein ».

 Butô dancers © William KleinDanseurs de butō © William Klein

 

Aux Ateliers…

Mauvais genre. Rassemblant un siècle de photographies, de 1880 à 1980, l’exposition « Mauvais genre » est pleine de femmes et d’hommes qui osent jouer avec le genre devant l’oeil de la caméra, ce que, peut-être, ils n’auraient pas osé faire en public. À faire, même vite.

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Travesti dans les coulisses d’un cabaret, États-Unis, Kodachrome, vers 1960. Avec l’aimable autorisation de la collection Sébastien Lifschitz.

 

Systematically Open ? Nouvelle forme de production de l’image contemporaine, proposé par la Fondation Luma. Passant sur les macro-photographies dentaires [il y a quelques années, mon dentiste m’avait demandé conseil pour s’équiper. Je suis déçu que ce ne soit pas son travail, exposé ici. Bref.], nous est présenté un dialogue collaboratif entre Collier Schorr et sa collègue photographe Anne Collier : « Shutters, Frames, Collections, Repetition ». Je ne sais pas dans quelle mesure le reste du hall m’a entrainé à préférer ce travail, mais il m’a été globalement agréable à parcourir.

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Arles, 07/2016 © Fabrice Deutscher

 

En entrant dans la Grande Halle [à faire de préférence en premier, le matin ; les autres halles étant quant à elles climatisées], on découvre moult présentoirs sur lesquels demeurent cloués les recalés aux 3 Prix du Livre 2016. Rude concurrence. À l’écart, les 40 finalistes

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Présenté dans la dernière rangée -ça tombait bien- REC | #1, le cahier de photographies avec lequel j’ai participé, sans succès.

 

Ethan Levitas/Garry Winogrand. En réunissant les oeuvres pionnières et complémentaires d’Ethan Levitas et de Garry Winogrand, cette exposition entend interroger la photographie de rue dans ses propres termes et la resituer à l’intérieur du vaste champ de la pratique contemporaine. Salué par John Szarkowski comme le photographe majeur de sa génération, Winogrand est également considéré comme le principal représentant du mouvement de la photographie de rue, bien que son travail reste en partie mal compris. Digne héritier de Winogrand et de son projet inachevé, Levitas a développé et élargi au cours des dix dernières années la pratique de la photographie de rue en la définissant comme une relation entre différentes parties, dont la somme révèle une dissonance entre le visible et l’apparence. Qu’est-ce que regarder signifie ? Est-ce que le simple fait de regarder peut créer du sens ? Ses travaux permettent de mieux appréhender la démarche de Winogrand et d’en apercevoir la pleine réalisation. Telle est la promesse de Joshua Chuang, Commissaire de l’exposition. Elle est tenue.

Arles, 07/2016 © Fabrice Deutscher

 

Hara Kiri, le journal bête et méchant. Cabu, Cavanna, Choron, Reiser, Wolinski. Tout est dit. Pour moi, c’est une madeleine.

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L’équipe de Hara Kiri a testé le Concorde. Hara Kiri, 1983.

 

Monstres, faites-moi peur ! Regard oblique sur les monstres au cinéma, annoncent-ils. Et, plus loin [LOL],

Évitant le procédé clinique d’un savant bestiaire, elle se fonde non pas sur la démonstration mais sur la monstration.

« Monstres, faites-moi peur ! » propose une approche qui ne se limite pas à la contemplation de l’anormalité ; elle invite à parcourir les marges de ce qui tend à nous rendre plus ou moins humain.

Divertissant. Pas question de manquer une occasion de s’amuser [comprendre de faire une photo con]…

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L’étrange créature des Ateliers, Arles 07/2016 © Fabrice Deutscher

 

À l’espace Van Gogh : Sid Grossman. Une découverte, en ce qui me concerne. Pour autant, j’ai immédiatement été enveloppé par le sentiment qu’il faisait partie des fondateurs de la photographie humaniste, sentiment non démenti par le cartel. Organisé par période, l’exposition permet de percevoir une évolution dans le style d’écriture. Extrêmement intéressant. Plus loin, c’est pratiquement sans surprise -tant j’y pensais puissamment- mais avec un grand bonheur que j’ai pu passer un long moment devant des tirages de Leon Levinstein dans la dernière salle, consacrée aux photographes que Sid Grossman a influencés [et réciproquement si vous voulez mon avis]. J’ai également pu y découvrir quelques noms.

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Leon Levinstein. Ne pas hésiter à prendre son temps dans cette salle…

 

Eamonn Doyle ? À l’espace Van Gogh également, à l’étage. Montez-y, si vous avez le temps. La scénographie est top.

 

J’ai toujours eu une attirance pour le Japon. Charles Fréger présente à l’église des Trinitaires une panoplie de figures masquées rituelles. Pour moi, cela raisonne ainsi : « Bonjour, je suis Asato, j’ai un costume rigolo ». J’adore.

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Charles Fréger • Yokainoshima

 

Palais de Lupé. Carte blanche à Michael Ackerman et conversations photographiques par Olympus. En 2016, trois binômes sont à l’oeuvre : Barnabé Moinard/Corinne Mercadier, Florian Maurer/Klavdij Sluban et Pauline Rousseau/Olivier Culmann. Sympa. Je me suis montré particulièrement intrigué par le fragment de « Divagation – sur les pas de Bashô » présenté par Klavdij Sluban. Hâte de découvrir l’ensemble, exposé fin octobre prochain à Paris. Quant au travail spécialement intime livré par Michael Ackerman -Diary of a job-, il prend aux tripes [ou pas].

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Klavdij Sluban • Divagation – sur les pas de Bashô

 

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Michael Ackerman • Diary of a job

 

Phenomena, réalités extraterrestres. Tobias Selnæs Markussen, Sara Galbiati et Peter Helles Eriksen. Un travail documentaire se promenant à la frontière du réel. À prendre au second degré, et passer un agréable moment avant de rentrer : c’est au Ground Control, juste à côté de la gare. À noter que le livre « Phenomena » est édité chez André Frère [ISBN : 979-10-92265-45-3].

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Charles Hall [né en 1944], titulaire d’un Master en Physique Nucléaire, Albuquerque, Nouveau Mexique.
De 1965 à 1967, pendant son service militaire et alors qu’il était assigné à un avant-poste isolé dépendant de la base d’Indian Springs Air Force au Névada, Charles Hall vécut avec une race d’extraterrestres humanoïdes appelés les « Grands Blancs »