Je goûte peu à la photographie animalière, photographie de chats mise à part évidemment. Question de sensibilité peut être, portant d’avantage mes goûts vers la photographie urbaine, humaine et poétique. J’avoue malgré tout un bel attrait pour Nick Brandt.

Ma première rencontre avec lui date d’il y a quelques années, lors d’un Paris Photo qui se tenait encore au carrousel du Louvre. Là face à moi, un tirage géant de son célèbre éléphant. Un choc visuel que je m’explique encore assez mal. C’est tout bête pourtant une photo d’éléphant, il y en avait dans mes manuels scolaires. Et pourtant…

La deuxième rencontre c’était il y a deux ans, au formidable festival photographique de La Gacilly. Nick Brandt, «invité vedette», était magnifiquement exposé dans les jardins de ce beau village du Morbihan. Là, je dépassais le simple choc pour m’intéresser plus à l’oeuvre, somptueuse, et me dire une fois de plus, loin de mes terrains de prédilection, que peu importe le sujet ou la matière, seul compte le regard.

Aussi, profitant d’un séjour à Stockholm, je ne pus m’empêcher de me rendre au Fotografiska, beau lieu dédié à la photographie près des docks des ferries sur les rives de la Baltique, afin de découvrir le nouveau projet de Nick Brandt : «Inherit the Dust».

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Rappelons que Nick Brandt est le co-fondateur de Big Life Foundation, organisation caritative dédiée à la protection de la faune et de l’écosystème de l’Afrique de l’Est. A travers «Inherit the Dust», il se pose en témoin des ravages des activités humaines dans cette région du globe. Le projet est pharaonique : placer des tirages géants de ses célèbres photographies animalières au coeur de paysages chaotiques : zone industrielles, échangeurs autoroutiers, villages dévastés, décharges à ciels ouverts… avec au coeur de cette urbanité apocalyptique des femmes, hommes et enfants indifférents ou non aux rappels de cette nature sacrée. Le constat est sans appel. Tout cela en assemblant trois négatifs moyen format pour produire des panoramiques à couper le souffle, voir même à se taper le cul par terre.

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Cependant, passée l’incontestable claque visuelle et même si on adhère au message, nous ne sommes plus très loin d’un Yann Arthus Bertrand, quand l’oeuvre prend le pas sur le message. En clair, peu de photos m’ont vraiment marquées.

Ce qui n’est pas le cas de l’exposition attenante, «Non Grata» du photographe suédois Ake Ericsson, qui nous propose une plongée saisissante dans les communautés roms d’Europe, du centre du continent jusqu’à Stockholm en passant par Saint Denis, avec une savoureuse maestria visuelle.

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Bon fallait quand même rentabiliser le prix d’entrée (13 euros, nous sommes en Suède) alors j’ai osé traverser l’expo Bettina Rheims que j’avais vaillamment évitée à la Maison Européenne de la Photographie pour aboutir à l’exposition du vainqueur du prix du «Jeune photographe nordique de l’année 2015», à savoir Aapo Hutha. Sans surprise, voilà de la photo de l’école scandinave, plus proche d’un J.H Engström que d’un Anders Petersen. Une façon de comprendre la froideur locale où l’on ne se salue pas si l’on ne se connait pas.

Quand même, le lieu mérite vraiment le déplacement ne serait-ce que pour sa très belle librairie spécialisée dans un intérieur design et surtout en accès libre.