Préambule

La finalité de la photographie – je pense que nous en sommes tous d’accord – consiste à posséder l’image sous forme papier. Aujourd’hui encore, le tirage traditionnel sur papier baryté demeure un must. Mais quid des images numériques natives ? Depuis une quinzaine d’années, les fabricants d’imprimantes proposent des machines dédiées à la photo. La technologie d’impression piezo [projection par effet piézoélectrique] n’a cessé d’évoluer, notamment en terme de qualité d’encres, et offre à présent de bons résultats, surtout en couleur. Mais pouvons nous mieux faire en noir & blanc ? Et si je voulais faire un tirage argentique à partir de mes images numériques ?

Il existe 3 modes d’impression en noir et blanc, si j’exclu la quadrichromie, qui bien sûr le permet également :

• BO [Black Only] : seule la cartouche de noir est utilisée ;
• ABW [Advanced Black & White] : noir [K], gris foncé [LK], gris clair [LLK] + les couleurs en très faible quantité afin de neutraliser les gris  ;
• Piezography ® : utilise [n] nuances de noir.

La Piezography® est un système d’impression noir & blanc utilisant uniquement des encres pigmentaires noires, plus ou moins diluées [densité décroissante], développé par Jon Cone. Fonctionnant avec 3 nuances [shades] différentes à ses débuts, le système en utilise à présent 7, d’où la dénomination K7. Ce nombre de nuances, conjugué avec la possibilité d’imprimer en 16 bits, offre non seulement une palette de gris plus large que l’oeil ne peut en distinguer [c’est bien la peine pour cracher du « grainy, blurry and out of focus »], mais également une densité des noirs bien supérieure.

Le système est adapté aux deux grandes familles de papiers que sont le mat et le brillant. A l’instar du système Epson, seul le noir [shade #1] diffère selon le papier. Je m’intéresserai ici à l’impression sur papier brillant [MPS : Master Printmaking System]. Cependant, sur le principe du « qui peut le plus peut le moins », ce qui va suivre pourra s’appliquer aux tirages mats.

Il est souhaitable que votre écran soit calibré : l’idée étant de s’approcher au plus près de ce que l’impression va rendre. Le système d’impression Piezography ® est prévu pour un environnement calé sur un gamma 2.2 [facteur de contraste], comme Mac OS X [depuis 10.6], Ligthroom et la plupart des écrans LCD ; la vie est bien faite parfois.

De l’utilité du RIP

Pour piloter l’imprimante, le procédé nécessite un logiciel dit « de « RIP » [Raster Image Processor], couramment utilisé en imprimerie ; vous comprendrez que le pilote [driver] d’origine de l’imprimante ne peut pas intégrer le fait que la cartouche « de jaune » contienne du gris. Il existe un grand nombre de RIP, plus ou moins professionnels. Ce qui va suivre concerne QuadToneRIP [QTR], qui n’est peut-être pas le meilleur, mais qui présente le double avantage d’être fourni avec un minimum de documentation[*], le reste se glanant un peu partout sur le web et d’être celui utilisé par Jon Cone lui-même, dont on peut imaginer que les évolutions suivent de près celles des techniques qu’il a développées. En outre, c’est un logiciel semi-libre [shareware] à 50 dollars, ce qui reste raisonnable par rapport au coût global.

QTR va permettre la division de l’image afin d’en distribuer l’impression aux différentes cartouches, recevant nos 7 nuances de noir, par l’intermédiaire d’une courbe de profil dépendant de l’imprimante et du papier utilisé.

Couches

___
[*] C’est évidement en anglais, et sincèrement, pas vraiment clair ; comme si cela ne suffisait pas, les informations sont fragmentées dans différents documents et le logiciel est plutôt orienté Windows… Bref, si vous n’êtes pas anglophone, équipé Mac de surcroît, préparez-vous à des nuits blanches, des migraines et autres [nervous breakdown].

Le système d’encres

Les encres et tous les accessoires nécessaires sont commercialisés par InkjetMail. Si vous souhaitez du conseil ou n’êtes pas à l’aise en anglais, TAOS Photographic, à Toulouse propose également ces produits, ainsi que des kits d’essai. Le système est décliné en plusieurs familles de rendus : Neutral, Carbon, Selenium, Special Edition, Warm Neutral et Digital Film. Ce dernier procédé, permettant l’impression de négatifs pour tirages par contact, fera l’objet d’un prochain article.

J’ai pour ma part opté pour les encres « Neutral », préférant un rendu neutre, uniquement influencé par le type de papier choisi. À ce moment seulement commercialisé par InkjetMail, l’ensemble de 7 encres + GO, cartouches rechargeables, seringues, livré à Paris et dédouané revient à environ 500 euros, ce qui représente 50% du coût en cartouches Epson à quantité d’encre équivalente. À noter : le dispositif permettant la réinitialisation des cartouches [Chip resetter] apporte du confort, car même si l’opération est automatique lorsque la cartouche est vide, la pratique montre que d’en remplir systématiquement plusieurs est plus efficace que de le faire de façon séquentielle.

Il existe d’autres fabricants d’encres, mais n’ayant pas testé moi-même je ne souhaite pas en parler. En revanche ce qui va suivre dans la seconde partie intéressera quiconque imprime via QTR, peu importe le fabricant de l’encre ou le nombre de nuances utilisées, le principe présenté étant adaptable.

L’imprimante

Comme ce système suppose l’utilisation d’une machine dédiée, je conseille vivement d’équiper une imprimante neuve pour éviter la fastidieuse première étape du processus : le nettoyage. J’ai en conséquence fait l’acquisition d’une Epson R2880 – imprimante prévue pour les encres Epson UltraChrome K3, ce qui se révéla a posteriori un excellent choix – sélectionnée pour des raisons de place et de facilité d’approvisionnement en papier A3+, contrairement au format A2+ [17″] quasi introuvable en feuilles [*] ; je ne mesure pas bien l’intérêt d’une imprimante A2+ si l’on ne peut imprimer de véritables 40*60, d’autant que le logiciel de RIP ne sait pas imprimer sans marges [sic].

[MAJ] Après plusieurs semaines d’utilisation je me dois de vous faire part d’un désagréable constat : l’Epson R2880 est spécialement réticente quant à l’utilisation de certains papier épais, notamment ceux qui ont tendance à se recourber sur leurs extrémités. Peu importe le mode de chargement choisi, lorsque le papier présente une courbure parallèle au déplacement du chariot, en fin d’impression, il arrive que ce dernier entre en collision avec le bord du papier et provoque un décalage latéral d’un bon millimètre. Résultat : tirage à refaire.

Des courbes « standardisées » pour papiers brillants sont disponibles en téléchargement sur le blog de Jon Cone : vous pouvez ainsi voir ce que l’on vous propose comme choix de papier, et ce par imprimante. C’est ici qu’être l’heureux propriétaire d’une imprimante utilisant les encres UltraChrome K3 présente un avantage : la technologie piezo étant commune à ces machines [x880], les courbes le sont également !

Cependant, après plusieurs essais, je restais… dubitatif, pour le moins, et déçu pour le plus : nulle part je n’avais lu qu’en impression [glossy], avant l’application du [Gloss Overprint], le tirage était maculé de métamérismes [ou bronzing, c’est pareil], soit, mais je trouvais que les noirs manquaient de profondeur et que les gris clairs étaient ternes. Mais peut-être ai-je une tendance trop prononcée à embêter les mouches ? Après moult échanges avec les techniciens de chez InkjetMail, il ne me restait qu’une alternative : faire avec [**], ou créer mes propres courbes.

___
[*] À noter que selon mes savants calculs, le coût le plus faible, au m2 pondéré par la surface utile, revient souvent au format A3+.
[**] Ce qui signifie également de faire avec le maigre choix de papiers pour lesquels une courbe est disponible ; à défaut, InkjetMail propose un service d’élaboration de courbes personnelles… à 100 dollars l’unité.

 

 

Autre inconvénient avec lequel il faut composer : le temps de séchage de l’impression avant le passage du [Gloss Overprint]. Je suis allé jusqu’à tenter le sèche-cheveux ; c’est incontestablement efficace. Cependant, j’ignore si c’est spécifiquement le fait du modèle R2880, mais un galet d’entraînement du papier tend à massacrer l’impression lors du second passage, nécessaire à l’application du GO. Le phénomène varie également en fonction du type de papier. À ce niveau, c’était rédhibitoire.  J’ai réglé le problème en substituant ce second passage par l’application de 3 couches de vernis Hahnemühle ; il suffisait d’y penser. Je pense prochainement tester un autre type de vernis s’appliquant au rouleau [ou au pistolet ?].
Il est à noter que le procédé sur papier mat, dépourvu de métamérismes, est dispensé de cette étape.

À suivre…

Part.#1 | Part.#2 Part.#3